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Ma philatélie
[Réflexions, humeurs et conseils]
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Collection et auto-déterminisme
Un récent courrier reçu à propos des oblitérations à jet d'encre bleue des machines Néopost me pousse à revenir sur une question qui me semble fondamentale. 
Courrier de lecteur :
Le philatéliste que je suis ne peut que déplorer le traitement infligé aux timbres sur le courrier depuis que La Poste a mis en place cette prétendue modernisation. Il y avait déjà, depuis des années, la disparition des flammes au profit des "ondes". Voilà désormais les cachets anonymes, quand ce n'est pas la mention brutale "lettre prioritaire" en gros caractères. Tout cela présente peut-être des avantages, mais pourquoi s'acharner désormais à mettre des beaux timbres sur nos enveloppes ? Les destinataires les reçoivent complètement défigurés par ces nouvelles oblitérations ! C'est, pour moi, la fin programmée de la philatélie, qui ne peut se réduire à aligner dans des albums des timbres neufs sans histoire. Croyez-vous vraiment que dans 20 ou 30 ans on prendra plaisir à déchiffrer les codes ROC sur les lettres que nous postons aujourd'hui ? Peut-être que la mise en concurrence permettra aux philatélistes de trouver des prestataires plus respectueux. JLC
Réponse :
Pourquoi "prétendue" modernisation ? Pour des questions de rendement et d'efficacité dont dépend sa survie, La poste réorganise le traitement du courrier et s'équipe de nouvelles machines. Ce n'est pas nouveau : ça fait cent vingt-cinq ans qu'elle fait cela, en permanence. Il se trouve que les machines les plus performantes impriment désormais des codes ésotériques à l'encre bleue. Pouvez-vous imaginer une seconde que les dizaines (?) d'ingénieurs ayant planché sur la question ont trouvé cette solution uniquement pour enquiquiner les philatélistes ? À l'inverse, pensez-vous que La Poste aurait dû renoncer à cette modernisation sous prétexte qu'elle pouvait déplaire à quelques centaines (ou milliers) de collectionneurs ? Soyons sérieux.  Est-ce que les mélomanes ont cessé d'écouter de la musique ou crié au meurtre lorsque le CD a remplacé le disque vinyle ? On peut être fan de 2CV et se féliciter de conduire, au quotidien, une voiture confortable et plus sûre même si elle a perdu en charme et en poésie. Ou alors, on assume ses choix et l'on continue de rouler en 2CV. Mais aucun amateur d'automobile ne cherchera à rameuter la terre entière pour la figer dans un refus du progrès.

Il n'y a qu'en philatélie qu'on entende de telles jérémiades hors de propos. Tout ça parce qu'on est esclave du moindre fait et geste de La Poste : o
n collectionne tout ce qu'elle émet. Et quand quelque chose nous déplaît, on crie au scandale et on demande à La Poste de revenir en arrière. Lorsqu'il s'agit de timbres, d'émissions abusives comme celles que j'ai dénoncées (Les excès de MonTimbraMoi) alors, là, d'accord, puisqu'il s'agit de produits superfétatoires à destination exclusive des philatélistes. Mais c'est justement parce qu'ils sont destinés aux philatélistes qu'on ferait bien de ne pas les collectionner...
En revanche, on ne peut pas demander à La Poste de revenir aux machines Daguin (1884) ou aux Sécap (années 1950) parce que seules ces oblitérations trouveraient grâce à nos yeux. C'est comme pour les 2CV et les disques vinyles : elles ne sont plus d'actualité mais on peut encore les collectionner. Et c'est peut-être parce qu'elles ne sont plus d'actualité qu'elles sont si intéressantes à collectionner.

J'ai déjà comparé nos actuelles oblitérations codées aux Petits et Gros Chiffres des années 1850-1860. Dans les deux cas, un numéro remplace la localisation géographique. Pourquoi les uns seraient-ils des joyaux de la marcophilie classique et les autres tout juste bons pour la poubelle ? Vous n'aimez pas les oblitérations Neopost ? Vous trouvez qu'elles défigurent les timbres ? Alors soyez logique avec vous-même : cessez de collectionner les timbres qui sortent à la poste et intéressez-vous aux émissions plus anciennes, à des timbres étrangers, à la marcophilie de votre ville, aux oblitérations mécaniques d'avant. Vous verrez, ce n'est pas plus cher et c'est follement plus amusant !

Mais, de grâce, ne nous faites pas le coup de ces collectionneurs qui, après avoir acheté tout ce qui sortait à la poste, sans distinction, "décident" de tout arrêter, passant d'un excès à un autre, d'un manque de discernement à un manque de discernement encore plus dommageable pour la philatélie. Tout collectionner ou tout arrêter procède en effet du même schéma, du même manque de déterminisme. On fait ou on ne fait pas en fonction de La Poste. C'est elle qui décide pour nous, qui dicte nos "choix".

Or, pour moi, une véritable collection c'est justement faire un choix, y compris un choix peu raisonnable. Mais un choix toujours révisable. Du coup, ce que La Poste fait ou ne fait pas se trouve être "filtré" à travers ce choix. Telle émission n'entre pas dans nos choix. On ne la prend donc pas. Sauf si on le décide, séduit par le charme d'un sujet, la beauté d'un timbre normalement hors-sujet. Car, dans le choix, il y a aussi la liberté de modifier ses choix à tout moment.

Collectionner machinalement, automatiquement, n'est définitivement pas, pour moi, le sel de la collection. Acheter (récupérer, ramasser) quelque chose qui nous déplaît me semble être l'antithèse de l'esprit collectionneur. Je pense que la clé de voûte de la collection, c'est le plaisir. Et le plaisir, c'est un sentiment de chaque instant, qui se cultive.


Le plus grand danger qui guette la philatélie n'est pas La Poste, pas même la baisse réelle ou supposée du pouvoir d'achat (on peut s'amuser en philatélie sans pratiquement dépenser d'argent) mais cette collection sans réflexion, sans détermination, sans question qui fait qu'un jour on se réveille en se disant : "La Poste émet trop de timbres", "les oblitérations ne me plaisent plus" ou "les timbres ne sont plus comme avant". Et l'on tire le rideau.

Je suis convaincu que ceux qui abandonnent la philatélie sont ceux qui ne savaient pas (ou plus) pourquoi ils s'y adonnaient. CJ

PS : pour répondre plus précisément à ce courrier d'internaute :
- 1 : comme vous, je déplore les oblitérations en lignes ondulées. Les flammes à texte ou à dessins sont possibles, sans le moindre problème technique. La Poste semble manquer de volonté d'exploiter ce créneau, lequel ne parait plus enthousiasmer beaucoup d'annonceurs potentiels. Avec la dilution des services et des responsabilités à La Poste, on ne sait plus très bien à qui s'adresser pour relancer ce média. J'ignore même s'il subsiste une offre consultable.
- 2 : "la philatélie ne peut se réduire à aligner des timbres neufs sans histoire". Je partage ce point de vue et c'est un des leitmotiv de maphilatelie.com.
- 3 : l'avenir des oblitérations à code ROC ? Sans doute pas celui des PC et des GC dont elles n'ont pas non plus le charme. Mais elles seront
indispensables, au même titre, dans les collections régionales ou départementales.
- 4 : la concurrence ? Elle devra s'exercer dans le domaine postal. Espérons que les nouveaux opérateurs n'auront pas le souci de faire de la philatélie. Ce serait démultiplier nos soucis actuels ! D'autant que malgré tous les reproches qu'on peut faire à notre Poste, il y a certains excès qu'elle s'interdit encore. Ce ne sera pas nécessairement le cas avec les nouveaux opérateurs postaux.

Tous droits réservés. maphilatelie.com

Vos réactions
Je n'aurai qu'un seul mot : BRAVO !!! AY

Avis tout à fait d'accord. Je ne vois pas l'intérêt de l'abonnement à toute les émissions de La Poste. Pourquoi s'obliger à acheter des timbres que l'on trouve sans aucun intérêt ? Une collection thématique, par exemple, me semble à la fois intéressante au titre de la philatélie et du thème choisi. Dans ce type de collection, il apparait très vite absurde d'acheter un timbre que l'on trouve sans intérêt. Le thématiste s'intéressera naturellement aux émissions étrangères. Quelles découvertes en perspective ! Eh oui, notre beau pays n'est pas le centre du monde. D'autres savent aussi faire de très belles choses.  On puet, par exemple, envoyer du courrier à des adresses étrangères fictives. Plus simple encore : développer un réseau de correspondants étrangers.
Ainsi il existe une vie philatélique en dehors des choix commerciaux de la Poste Française. Chaque collectionneur est libre de ses choix. Mais se constituer une collection en trouvant de mauvais goût son contenu est vraiment... surprenant. Patrice
19.10.08


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