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Ma philatélie
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Interview dans L'Echo de la Timbrologie
La philatélie selon Robert Deroy
Après quatorze années à la tête de la Fédération et deux ans après l'avoir quittée, Robert Deroy donne sa vision de la philatélie dans L'Écho de la Timbrologie d'octobre (*). Une analyse très pertinente à lire absolument.
Robert Deroy l'avoue d'emblée : depuis qu'il n'est plus aux affaires, il voit la philatélie sous un angle différent. À  commencer par cette vision presque exclusivement tournée vers la compétition de haut niveau quand 90 % (au moins !) des adhérents des clubs sont des collectionneurs de timbres de France. D'où un constat d'échec de ne pas avoir su faire "bouger les lignes" autant qu'on aurait dû.

Robert Deroy qualifie l'exhaustivité, cette obsession à constituer des collections systématiques et complètes comme "quelque chose d'horriblement négatif pour la liberté du collectionneur". Pour lui, "[elle] prive du plaisir de collectionner" [...] on s'est créé un tel nombre de contraintes que cela conduit à la frustration et peut être générateur de déplaisir."
Autre remarque au passage, sur la taille-douce : "[...] n'a-t-on pas donné trop d'ampleur à cette idée ?
[...] On a décrété que le timbre en taille-douce était plus beau. Pourquoi le serait-il ?" Et de donner des exemples contraires.

Une Fédération moins inféodée à La Poste, une Fête du Timbre ("idée formidable") revitalisée, une vision culturelle revivifiée : tels sont les autres souhaits de Robert Deroy. Je souscris totalement à tout cela. Depuis bientôt deux ans, c'est le principal objectif de maphilatelie.com : tenter de dresser les contours d'une philatélie reprise en main par les philatélistes, faite de plaisir et de liberté, de connaissances et de partage. C'est-à-dire tout le contraire d'un abonnement aux nouveautés de France ou d'ailleurs.

Robert Deroy constate que les composantes de la philatélie tirent parfois la couverture à elles. Il pense que les associations ne font pas toujours ce qu'il faudrait pour donner à leurs adhérents l'envie de revenir. Je fais le même constat et j'ai le même regret. Comme lui, je pense qu'il faut
augmenter le poids de la Fédération et améliorer la communication. Cela impliquerait que La Poste mette davantage de moyens financiers à la disposition de la Fédération et que celle-ci s'en serve efficacement.
Il faudrait ainsi que La Poste cesse de faire cavalier seul (comme lors des Salon du Timbre) et d'utiliser la Fédération comme un simple réservoir de main-d'oeuvre gratuite. De son côté, la Fédération devrait renforcer son soutien à ses associations (un guide de l'organisation de la Fête du Timbre, par exemple !) et se professionnaliser. Car il n'y a désormais plus de place pour le misérabilisme, l'étroitesse d'esprit, la défense d'intérêts particuliers.

Vu le niveau de certaines vidéos présentant la philatélie sur Internet, on peut souhaiter qu'elles ne soient jamais vues par le grand public. On y voit des interventions hésitantes réalisées sans direction, sans montage, sans fil conducteur, dans lesquelles les participants
utilisent un jargon ésotérique, brassent de petites considérations personnelles incompréhensibles sur un ton d'ennui qui pourrait faire passer Droopy pour un joyeux drille. La philatélie souffre suffisamment d'une image ringarde pour que la confirmation ne vienne pas de l'intérieur.

"La philatélie est décalée par rapport au monde actuel", regrette Robert Deroy. Certes. Mais c'est sans doute irrémédiable car plus le temps passera, plus les technologies évolueront, plus le timbre semblera désuet. Mais ça n'enlève rien - au contraire - à son attrait en tant qu'objet de collection.

Et ça n'empêche pas de communiquer de façon professionnelle et attrayante.

"On est resté dans l'idée que le timbre est fait pour être collectionné, alors qu'il est fait pour affranchir du courrier", conclut l'ex-président de la Fédération. Et c'est, sans doute, l'une des raisons pour lesquelles la philatélie n'a pas su évoluer comme d'autres collections.

Comme Robert Deroy, je pense que "cet abandon de l'exhaustivité, du côté financier et ce repositionnement sur la culture devrait changer les choses
[...]" Il se demande s'il en est encore temps. Je pense que oui. Mais à condition que La Poste mette d'importants moyens au service de la philatélie, que la Fédération soit mobilisatrice, que les associations retrouvent de l'enthousiasme, que les négociants jouent leur rôle de "conseillers en loisir intelligent" (non conseillers en patrimoine) et qu'une véritable Association pour le développement de la philatélie (ADPhile), indépendante, productive, créative, redonne à la philatélie l'image d'un loisir passionnant, enrichissant et oecuménique, susceptible de plaire à toutes les générations, toutes les catégories sociales.
Un loisir vraiment universel. CJ

PS : texte modifié le 29.9. Pour que mes commentaires ne soient pas injustement attribués à Robert Deroy, je les ai affichés en rouge. Les citations tirées de L'Écho de la Timbrologie sont en italiques.
29.9.08
¶ L'Écho de la Timbrologie n° 1822, octobre 2008. www.echo-de-la-timbrologie.com

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Vos réactions
1. À propos de la Fête du Timbre, il y a eu une nette amélioration de l'appui de la Fédération ces deux dernières années,  j'ai pu le constater dans mon association.
2. Robert Deroy n'a pas dû aller aux rencontres avec les associations organisées par la FFAP avant l'été.  Yves Tardy et Philippe Lesage (respectivement président et responsable Jeunesse) ont développé le thème de "Collectionner autrement". Ces rencontres étaient ouvertes à tous. Par ailleurs, la création des guides de la philatélie, annoncée lors du dernier congrès de la FFAP, va bien dans le sens d'une plus grande ouverture aux autres.
3. À mon avis, La Poste fait déjà beaucoup pour la philatélie (Salon du Timbre, présence au Salon d'Automne, Fête du Timbre, subventions, États généraux de la philatélie, commandes auprès d'artistes, aide à l'édition, etc.) Mais elle le fait à son idée et elle a bien raison ! En outre, la philatélie ne se limite pas aux timbres-poste français.
4. Afin de ne pas être trop dépendant de la Poste via ses subventions, il aurait fallu que l'ancien président de la FFAP laisse après lui une situation financière saine ce qui, hélas, n'a pas été le cas, loin de là. La seule façon d'être libre, c'est de ne dépendre de personne et donc d'assurer son autofinancement sans être "subventio-dépendant". Il me semble que c'est ce qu'est en train de faire l'actuelle équipe.
5. Quand dans une activité sportive, ludique ou culturelle il y a une élite, cela a valeur d'émulation. La médaille d'or de hand-ball aux JO de Pékin va donner du sang neuf aux clubs pratiquant ce sport. J'ai été président d'un grand club sportif de plus de 7000 adhérents, cela m'a permis de conforter mon opinion sur le rôle des élites. Vive les médailles d'or, en sport comme en philatélie ! BL
J'ai compris l'interview de Robert Deroy comme un état des lieux, non comme une justification de l'action passée. Au contraire : les échecs évoqués sont bien ceux de son mandat.  La nouvelle équipe est au travail depuis deux ans et son action doit être soutenue.
1. Je m'en réjouis.
2. Parfait. Le temps n'est plus aux brochures institutionnelles d'autrefois qui présentaient la philatélie sous un jour sérieux et contraignant. Je me souviens d'un important travail réalisé par les responsables Jeunesse : des mallettes pédagogiques qui avaient l'immense mérite de présenter la philatélie de façon pédagogique, avec des outils plus pertinents que d'habitude. Que sont-elles devenues ?
3. Il y a bien longtemps que La Poste participe à toutes ces manifestations. sans doute y consacre-t-elle davantage de moyens. Mais c'est d'abord à son profit immédiat, pour la commercialisation de nouveaux produits qui ne vont pas nécessairement dans le sens de la philatélie que j'appelle de mes voeux.
4. Vous avez raison de souligner l'importance de cet aspect et le travail entrepris sans retard par Yves Tardy et son équipe pour redresser la situation.
5. Peu de philatélistes, hélas, adhèrent à des associations et là est, sans doute, le premier mal dont souffre la philatélie.  La moitié, environ, de ces associations sont fédérées. Et, en leur sein,  les "compétiteurs" sont une infime minorité. Franchement, je doute qu'une médaille d'or internationale obtenue par un Français ait un grand retentissement.
Certes, une fédération doit avoir le souci des deux aspects : élite et pratique de masse. Mais tout commence avec la seconde. Quantité avant qualité. Ce ne sont pas les grands collectionneurs qui font vivre la philatélie, la Fédération, les clubs, et même le négoce et La Poste, mais des milliers de "petits" collectionneurs parmi lesquels un très grand nombre de "boucheurs de cases" de timbres français.
Je suis bien placé pour savoir qu'il n'est pas facile de donner envie à ceux-ci de passer à une philatélie plus élaborée. Pourtant, je ne vois pas d'autre planche de salut : intéresser un grand nombre de gens à la collection de timbres  puis tenter d'en faire des philatélistes enthousiastes.
29.9.08

L'inféodation à la Poste ne résulte-t-elle pas de l'état - catastrophique - des finances de la FFAP ? Qui en est responsable ? GM
29.9.08

Pour moi, le remède est simple : que La Poste cesse de se préoccuper de la philatélie et des philatélistes, qu'elle s'occupe de son métier : transporter le courrier. Pour la philatélie, l'emprise de La Poste est une étreinte fatale; son baiser est celui du vampire : s'il te plaît, La Poste, oublie-nous. Nous, philatélistes, collectionnerons, outre les objets du passé, les vignettes à code qui auront remplacé les vieux "timbres", nouvelles technologies obligent, les vagues ondulées qui feront office d'oblitération, automatisation oblige, les entiers à imprimer soit même et le "courrier" à impression déportée des entreprises. Nous ne connaîtrons plus les "premiers jours", les PAP locaux et les collectors de MonTimbraMoi dont La Poste rêve qu'ils deviennent Tontimbratoi. Je sais, c'est un rêve, car notre argent l'intéresse. PS
Bon. Je vais encore prendre le contre-pied de ce que vous dites. Vous allez finir par croire que j'ai l'esprit de contradiction. Comme vous, j'aime beaucoup de ces spécialisations qui sont autant de passionnants champs de recherche. Mais il faut une belle porte d'entrée à la philatélie pour qu'un large public franchisse le pas. Ce sont ces timbres consacrés à des personnages, des sites, des événements, des oeuvres d'art, des commémorations qui peuvent le séduire. Et c'est à ces timbres peu utiles mais bien nécessaires que la philatélie doit sa grande valeur culturelle. Et quel plaisir de pouvoir varier les affranchissements en fonction des destinataires et des occasions (y compris les "C'est un garçon" pour annoncer une naissance). Loin de moi l'idée de rejeter ces timbres que La Poste dit "beaux". Ce que je déplore, ce sont les excès en la matière. CJ
29.9.08


questionnaire
1. Selon vous, que devrait faire La Poste pour assurer l'avenir de la philatélie ?
2. Et la Fédération ?
3. Et l'ADPhile ?
4. Et les clubs ?
5. Et les philatélistes ?
6. Et les négociants ?
7. Et la presse ?
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Très difficile de répondre à ces questions puisque même les États généraux de la philatélie n’ont pas pu y répondre...
Fédération : écouter la base.  ADPhile : ?  Clubs : aller vers les jeunes et arrêter de n’être qu’un "bureau temporaire" des nouveautés. Philatélistes : arrêter d’écouter les donneurs de leçon qui ne voient souvent que leur intérêt personnel. Négociants : être les garants de la qualité et des bonnes mœurs philatéliques. Presse : traiter tous les sujets philatéliques y compris les moins étudiés, sans influencer les lecteurs.
Mais tout ceci n’est qu’un rêve car il y a trop d’enjeux personnels et financiers... Supergaston45
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